Les Goudes — le bout du monde marseillais
Après la Pointe-Rouge, après la Madrague de Montredon, la route se met à tourner. La ville s'efface, le calcaire blanchit, et puis il y a ce port, ces cabanons posés sur la roche, cette île pelée juste en face. Les Marseillais l'appellent le bout du monde. Ce n'est pas tout à fait faux : il ne reste qu'un hameau après, Callelongue, et la route s'arrête.
Un nom, deux histoires
Personne n'est vraiment d'accord sur l'origine du nom. Frédéric Mistral le rattachait au provençal godo, du latin coda, la queue : le bout. Le Parc national des Calanques avance d'autres pistes : gour, l'eau, à cause d'une source, ou bien les coudes de la route. À toi de choisir.
Des usines devenues cabanons
Au départ, c'est un abri : les pêcheurs côtiers s'y réfugiaient quand un coup de tabac les surprenait. Puis le XIXe siècle arrive avec ses fumées. De la soude dès 1804, du plomb à partir de 1854, du soufre : pendant une bonne partie du siècle, des usines tournent au bord de l'eau. Quand elles ferment, on récupère leurs murs. Certains cabanons, et même la chapelle, ont été bâtis avec. Le village le plus « vacances » de Marseille tient donc debout sur les ruines d'une petite industrie chimique.
Sur les hauteurs, un fortin d'époque napoléonienne ; au sud du port, un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale. Et sur le quai, des pêcheurs qui sortent encore le matin pour vendre leur pêche aux restaurants du village.
L'île Maïre et le large
En face, séparée du cap Croisette par un passage d'environ 80 mètres, l'île Maïre : 141 mètres de roche nue, où ne vivent que les goélands. Un peu plus loin, le Tiboulen de Maïre et son phare. Au-delà commence l'archipel de Riou, dont les fonds sont réputés bien au-delà de Marseille. L'épave du Liban, un paquebot coulé le 7 juin 1903 après une collision, repose aux Pharillons, entre 28 et 36 mètres de fond.
Se baigner
Le village n'a pas vraiment de plage. On nage depuis les rochers, par mer calme, ou dans les deux petites anses : celle des Goudes et la Maronaise, tournée vers l'ouest, où les voitures sont interdites depuis 2021. Aucune n'est surveillée, et l'été elles se remplissent vite. Vers le cap Croisette, la Baie des Singes regarde Maïre droit dans les yeux.
Où manger
- Le Grand Bar des Goudes : une maison fondée en 1920, ouverte toute l'année. Son chef a été sacré champion de France de la bouillabaisse en décembre 2025.
- L'Auberge du Corsaire, « Chez Paul » : sur le port, pizzas au feu de bois et poisson selon l'arrivage.
- Le Tuba Club : un ancien club de plongée devenu hôtel-restaurant en 2020, avec quelques chambres-cabanons sur les rochers.
Y aller sans voiture
L'été, la route sature et se garer hors des places marquées se paie d'une amende, parfois de la fourrière. Le plus simple :
- En bus : ligne 19 jusqu'au terminus Madrague de Montredon, puis ligne 20 direction Callelongue, arrêt « Les Goudes ».
- En bateau : l'été, une navette maritime relie le Vieux-Port, la Pointe-Rouge et les Goudes. Horaires sur le site de la RTM.
- À vélo : il y a des stations LeVélo à l'Escalette, aux Goudes et à Callelongue.
Les Goudes font partie du Parc national des Calanques. Du 1er juin au 30 septembre, l'accès aux massifs dépend du risque incendie, annoncé la veille en fin de journée : regarde l'appli « Mes Calanques » avant de partir marcher.
Le soir
L'office de tourisme range les Goudes parmi les meilleurs endroits de Marseille pour le coucher de soleil, l'île Maïre en ombre chinoise. Près du port, un muret à l'abri permet de prendre le soleil même les jours de mistral. Fabio Montale, le flic des romans de Jean-Claude Izzo, habitait ici. On le comprend.