Le Vallon des Auffes — le petit port caché sous la Corniche
Tu longes la Corniche, le bus 83 ralentit sur un pont, et tu ne vois rien. Il faut descendre. Quelques marches étroites, un escalier qui porte d'ailleurs ce nom sur les plans, l'Escalier du Vallon des Auffes, et d'un coup la ville se tait. En bas, un port minuscule, des barques serrées les unes contre les autres, des façades de couleur et trois arches de pierre qui cadrent le large.
Un nom qui vient d'une herbe
L'auffe, c'est l'alfa, qu'on appelle aussi sparte : une herbe dure dont on tirait des cordages de navires, des filets de pêche, des nattes. Vers 1750, des artisans de l'auffe s'installent dans ce creux de calcaire pour la travailler au bord de l'eau. Les pêcheurs suivent. Au XIXe siècle, quand on construit le palais du Pharo, ceux de l'anse voisine sont déplacés ici, rejoints plus tard par des familles venues de Gênes.
Il reste une cinquantaine de petites maisons de pêcheurs et un port de quelques dizaines de places. Les temps ont changé : selon Made in Marseille, il ne restait en 2025 que quatre pêcheurs professionnels, et les coques en plastique remplacent peu à peu les pointus en bois. Les cabanons, eux, se vendent au prix de villas. Mais le quartier se retrouve encore autour de grandes tablées entre voisins, l'été, sur le quai.
Le pont, le monument, la Corniche
Le pont qui enjambe le vallon est né avec la Corniche, ouverte au début des années 1860 : 60 mètres de long, trois arches en plein cintre, de la pierre. C'est lui qui donne au lieu sa silhouette de carte postale.
À l'entrée du vallon, une grande arche regarde vers le large : le monument aux morts de l'Armée d'Orient et des terres lointaines. Dessiné par l'architecte Gaston Castel, sculpté par Antoine Sartorio, il est inauguré le 24 avril 1927. Une Victoire en bronze d'environ cinq mètres s'y tient debout. L'idée : une porte de Marseille ouverte vers l'Orient. Il est classé monument historique depuis 2011.
Manger au bord de l'eau
Le vallon, c'est aussi une affaire de table. Chez Fonfon sert sa bouillabaisse depuis 1952, l'année où les frères Alphonse et Jean Mounier ont ouvert la maison. Sur le rocher à l'entrée du port, L'Épuisette a fermé fin 2024 ; Auffo, la table de la cheffe Coline Faulquier, a pris sa place et décroché une étoile Michelin en mars 2026. Pour un budget plus léger, Chez Jeannot fait des pizzas depuis des décennies, avec la même vue sur les barques.
Se baigner, ou pas
Il n'y a pas de plage. Les habitués nagent dans le petit bassin d'eau de mer protégé par une digue, sous les arches. La baignade n'y est pas surveillée et les bateaux entrent et sortent toute la journée : on garde un œil sur eux. Quant aux plongeons depuis le pont, ils appartiennent aux légendes du quartier. Ne les essaie pas.
À l'heure dorée
Le vallon regarde le large, côté Frioul. Le soir, les terrasses se remplissent pour voir le soleil disparaître derrière les arches du pont. C'est l'heure où la pierre devient orange, où les barques passent en ombres chinoises, et où l'on comprend pourquoi le cinéma est si souvent descendu ici, de French Connection à Taxi.
Y aller
- En bus : ligne 83 (Vieux-Port ↔ Rond-Point du Prado par la Corniche), arrêt « Vallon des Auffes », au milieu du pont. Une quinzaine de minutes depuis le Vieux-Port.
- À pied : environ 2 km depuis le Vieux-Port, en passant par le Pharo et les Catalans. Malmousque est juste derrière.
- En voiture : oublie. On se gare mal, et on finit à pied de toute façon.
- Quand : en semaine hors saison pour le calme, au coucher du soleil pour la lumière.
Et si tu continues à pied vers le sud, tu tombes sur Malmousque, ses criques et ses pointus. On t'en parle ici.